Les nouvelles mesures

La présence d’un mètre étalon dans l’entrée de l’ Ancienne mairie ainsi qu’une correspondance trouvée aux Archives départementales de Nanterre sont à l’origine de cet article sur les Poids et Mesures à Sceaux, chef-lieu d’arrondissement de 1800 à 1964.

Jusqu’à la Révolution les noms de quelques unités de mesures étaient communs pour l’ensemble de la France, le contenu étant variable selon les provinces. Cette variabilité posait problème pour la vie quotidienne et freinait les échanges commerciaux.

Lors de la préparation des États généraux de 1789, ” un roi, un poids, une mesure ” était une revendication qui revenait très souvent dans les Cahiers de doléances des communes. L’abolition des privilèges la nuit du 4 août met fin aux monopoles seigneuriaux (mesurage, pesage et étalonnage) marquant le début de la mise en place du système métrique. Lavoisier écrit : “jamais rien de plus grand et de plus simple, de plus cohérent dans toutes ses parties n’est sorti de la main des hommes. ” L’instauration d’un système de Poids et Mesures unique à travers tout le pays fut immédiatement perçue par l’Assemblée constituante comme un moyen puissant pour unifier la nation.

Dès 1790 Talleyrand dépose un rapport qui propose un système de normalisation des poids et mesures ; le 8 mai un décret sanctionné par Louis XVI le 22 août introduit le mot “mètre” et le 27 octobre la Commission des Sciences adopte le caractère décimal pour le nouveau système.

Le 19 mars 1791  un rapport de l’Académie des Sciences  propose pour la longueur du mètre la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre, mesuré au siècle précédent par Lacaille et Cassini. Une mesure par triangulation de Dunkerque à Lisbonne sera effectuée plus tard par deux de ses membres : Pierre-François Méchain (1744-1804) et Jean-Baptiste Delambre (1747-1822). Suivant en cela l’esprit d’universalité développé par la philosophie du XVIIIe siècle, cette Assemblée souhaitait que ce nouveau système de poids et mesures puisse être adopté par tous les pays ; il fallait donc « quil ne présente rien darbitraire ou de particulier à la situation daucun peuple sur le globe et soit tellement parfait, qu’il ait une valeur universelle. »

En 1800 une médaille fut frappée, destinée à transmettre à la postérité le souvenir de l’époque de la  création du  système métrique ; le côté principal portait les mots. « À tous les temps et à tous les peuples». Diffusée lors des Expositions universelles elle devait avoir pour résultat de faire apprécier les avantages et la simplicité pratique du système français. -1-

Plusieurs commissions sont mises en place, chargées des différents travaux: surveillance de la confection des instruments nécessaires, détermination du poids d’un certain volume d’eau, recherche de noms pour les unités …

Le 1er août 1793, la Convention nationale  adopte la loi établissant l’uniformité et le système général des poids et mesures. Il est institué avec le mètre comme unité de mesure linéaire, la pinte ou décimètre cubique et le cade ou mètre cubique comme unité de mesure de capacité, le grave (poids du décimètre cube d’eau) et le bar ou millier (poids du mètre cubique d’eau) comme unités de poids. Ce décret fixe au 1er juillet 1794 la date à partir de laquelle ces dispositions sont obligatoires.

Les résistances et les habitudes obligèrent à temporiser ce texte en accordant « un délai aux citoyens pour leur laisser le temps de prendre connaissance des nouvelles mesures » ; il sera prolongé à deux reprises au-delà de la  date prévue et c’est seulement en janvier 1840 – presque 50 ans après – que le système métrique devint obligatoire en France par le décret d’application de la loi du 4 juillet 1837.

Pour hâter la disparition des anciennes mesures et contrôler efficacement les nouvelles, il  faut créer et organiser un service de Vérificateurs des Poids et Mesures, loyaux et convaincus des bons effets du système métrique. La fonction reste cependant à définir, ils sont peu nombreux, mal rémunérés et doivent souvent exercer une autre activité pour vivre.

La loi du 1er vendémiaire an IV (23 septembre 1795) ajoute l’obligation pour les municipalités chargées de la police de faire plusieurs fois par an des visites dans les boutiques, magasins, places publiques, foires et marchés pour s’assurer de l’exactitude des poids et des mesures.

Nous retrouvons dans le « livre de la municipalité » de Sceaux un procès-verbal relatant une tournée effectuée le 11 janvier 1791. Le maire, les officiers municipaux assistés du procureur Syndic de la commune et du Greffier se déplacent sur plainte  «de malversations commises  par quelques détaillants de notre paroisse et pour remédier aux abus qui nuisent au bien général…..pour vérifier leurs poids, mesures, aulnes » . « Ils se présentent tout dabord chez le sieur Pipaux, boucher rue du Puits. Les poids sont en bon ordre à lexception dun poids de deux livres sans anneaux qui pesait une once en moins ; comme lors dune visite précédente il s’était déjà trouvé en faute le poids a été saisi pour être déposé au greffe ».  « Chez Madame Coin, marchande de pain il est trouvé 3 pains de 10 livres pesant chacun 6 onces de moins ainsi que deux pains de 6 livres pesant 5 onces de moins ; ils sont saisis. La visite se poursuit chez le sieur Orléans épicier, où il est trouvé 2 poids de deux livres pesant chacun une demi once de moins que son poids juste, au cabaret Serrurier les poids de 4 livres et  deux livres sont défectueux avec 2 onces de moins et celui dune livre a une once en moins, Leridon boulanger a 7 pains qui ne sont pas au poids, Boyer également boulanger a 6 pains de six livres avec 4 onces en moins, la marchandise est saisie. Enfin Bernard épicier se voit confisquer un poids auquel il manquait 2 onces

En 1792 on retrouve le sieur Boyer : il aurait  livré un pain qui pèserait  4 onces de moins que le poids. Convoqué à la mairie, on renouvelle la pesée devant lui qui confirme le fait.  « Le boulanger fait quelques difficultés tout dabord  pour reconnaitre que cest effectivement  lui qui a assuré la livraison, puis prétexte que le pain a été oublié par le mitron dans le four, on lui fait remarquer alors que le pain nest pas trop cuit ; il marque par son silence quil reconnait son tort ».

« Nous nous sommes retirés chez le maire en assemblée avec le procureur de la commune, le délit est constaté, il est récidiviste et montre une mauvaise foi caractérisée et un abus de confiance il est condamné à 10 livres damende réduit à 6 livres après délibérations avec le maire ».

L’arrêté du 29 prairial an IX (18 juin 1801) généralise et réglemente le travail des vérificateurs des poids et mesures.

Les sous-préfets sont chargés de cette mission et doivent assurer la garde des étalons des poids et mesures envoyés dans le département.  En fait ils prendront un aide, le vérificateur, qui assurera cette fonction sous le contrôle d’inspecteurs, placés eux-mêmes  sous l’autorité du préfet ; Lakanal fut un de ceux-ci. Ces derniers doivent effectuer de fréquentes tournées dans les communes de leur circonscription, veiller à l’application du système métrique décimal, s’assurer de la régularité des opérations des vérificateurs et surveiller en particulier les officiers de police qui sont seuls à pouvoir intervenir en cas de fraude. Les inspecteurs, comme les vérificateurs, n’ont en effet aucun pouvoir de sanction ; il faudra attendre 1837 pour qu’ils soient assermentés.

L’ordonnance du 18 décembre 1825 organise à l’échelon national le service de vérification et officialise enfin le corps de fonctionnaires appelé officiellement « Vérificateurs des poids et mesures », elle précise le salaire et crée une catégorie de Vérificateurs-Chefs en remplacement des inspecteurs qui ont été  supprimés en 1819. Les vérificateurs sont nommés et révocables par le préfet après approbation du ministre de l ‘intérieur. Ils doivent d’ailleurs  rendre compte de leurs activités par des rapports réguliers. Ce texte prévoit  des bureaux qui seront installés dans les chefs-lieux d’arrondissement, de préférence dans les locaux de la sous-Préfecture.

A Sceaux, cela ne sera pas possible, compte tenu de l’exiguïté des locaux. Le 28 novembre 1826 le sous-préfet adresse une demande au maire pour que le service soit hébergé dans la mairie, située alors rue Picpus, dans un  immeuble  partagé déjà avec   la justice de paix.

La réponse de Champin marque quelques réserves : « Cette salle renferme la presque totalité des archives de la commune, elle sert de salle aux audiences de la justice de Paix qui se tiennent le samedi, mais si vous pensez que la vérification puisse suspendre les opérations durant les audiences et les célébrations de mariage vous pourrez en disposer à votre gré ». Le vérificateur s’y installe.

En 1830, en réponse à une lettre du préfet s’inquiétant du fonctionnement du service il est répondu : « Une connaissance plus exacte des opérations de la vérification démontre que cette salle, dépourvue d’armoires et de rayons nécessaires pour remiser le matériel  ne convient pas. Il faut trouver une solution ».

Le ministère de l’Agriculture donne son accord pour la location à compter de janvier 1836 de deux pièces situées au rez – de – chaussée, dépendant d’une maison appartenant à M. Hiard située à l’angle  de la  rue des Imbergères et de la rue de la Petite Croix. La fenêtre d’une des pièces donne sur le jardin de Mme Boisset (maison Degas, actuelle MJC).

M. Henri, vérificateur à cette époque, fait la demande de matériel  pour installer les bureaux : il faut des étagères où seront alignés les poids, les mesures de longueur et les jauges, une  console en verre  pour recevoir une balance d’essai, une grande table…. Les crédits sont limités et le devis paraît excessif « bien supérieur à celui de l arrondissement de Saint-Denis, ce que lon conçoit facilement lorsquon remarque l’évaluation de 6 chaises à 36 francs, chaises quon peut trouver peut être moins belles mais aussi solides à moitié prix. Compte tenu de la proximité de Paris la vérification des mesures neuves seffectuera au bureau central de la vérification ce qui rend inutile la grande table demandée, la barrière à claire-voie nest pas de première nécessité. Ces deux éléments ne doivent pas figurer dans la soumission. »

Les  textes de loi ou décrets sont nombreux par contre il y a très peu de textes concernant le travail des vérificateurs. Aux Archives Départementales, on ne trouve pas le rapport d’activités qu’adresse le vérificateur au préfet, mais des annotations du  d sous-préfet sur le rapport de transmission :

Il est réclamé le pouvoir de sanctionner et de dresser des contraventions compte-tenu de la difficulté à se faire assister d’un officier de Police rendant ainsi la vérification itinérante impossible et créant des collusions avec les marchands.

Il souligne aussi la difficulté à transporter les objets nécessaires pour effectuer les vérifications à domicile.

Une suggestion est faite concernant les pharmaciens pour lesquels « on pourrait envisager un régime particulier sans que la santé publique ne soit  en rien menacée. »

Il voudrait obliger les marchands de vins en gros à se conformer à l’usage du système métrique et  constate que l’usage des poids de un et deux hectos se prête beaucoup à la fraude ; il souhaite  que le refus du vérificateur de poinçonner soit confirmé par un ordre écrit.                                                                                                                                                                                                     

L’usage du poids à bouton devrait être également prohibé, les motifs indiqués par le vérificateur sont sans réplique (ils ne sont pas repris sur le bordereau de transmission.)

Enfin une remarque sur le matériel : pour un usage de fléau de balance juste et de bonne confection il faudrait  fixer un délai pour qu’une révision soit nécessaire :  au-delà le poinçon ne serait pas actualisé.

En 1845, le Ministère de l’Agriculture met fin à la location. Il faut trouver à nouveau des locaux, il semble que l’impossibilité demeure pour la sous-préfecture d’accueillir le service elle est tenue cependant de conserver le matériel dans l’arrondissement. La nouvelle mairie, bien que construite en 1843, dispose de peu de place car  les archives et le logement du gardien occupent le premier étage et la justice de paix continue à fonctionner dans les locaux.

Selon les informations trouvées dans l’ Annuaire Didot-Bottin de 1914, le service  compte tenu de la proximité de Paris , rejoint le service central 249 Bld Voltaire ; le vérificateur  assure une permanence à Montrouge une fois par semaine, d’abord à la mairie, puis à l’annexe  Grande rue, pour l’ensemble de l’arrondissement où il continue ses tournées.

De février 1796 à décembre 1797, seize mètres étalons gravés dans du marbre avaient été placés dans Paris et ses alentours pour familiariser la population avec les nouvelles mesures.

Seuls quatre existent toujours : un, 36 rue de Vaugirard face au Sénat,  un autre, 13 place Vendôme à l’entrée du ministère de la Justice, un troisième a été  donné tardivement  à la mairie de Croissy.

Celui de Sceaux, visible dans l’entrée de l’Ancienne mairie est le mieux conservé et semble être le seul à n’avoir n’a jamais quitté l’arrondissement, il n’a pas usurpé sa place.


mètre étalon Ancienne mairie


Pour en savoir plus….Une petite Histoire des Poids et Mesures ( Louis Drevet ) www. pesagefacile.com

Les poids et mesures sous l’Ancien Régime         http://www.histoire-genealogie.com

Pavillon Breteuil -CP - 1900

Situé actuellement sur la commune de Sèvres (Hauts-de-Seine), le Pavillon de Breteuil faisait partie autrefois   du domaine de Saint-Cloud. C’était en effet à l’origine le Trianon de Saint-Cloud, pavillon de plaisance, construit en 1672 par l’architecte Thomas Gobert pour Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV et propriétaire du domaine.
Au milieu du XVIIIe siècle, le Pavillon fut la résidence du chancelier de la Maison d’Orléans, l’abbé de Breteuil. En 1785, son neveu, Louis-Auguste Le Tonnelier, baron de Breteuil, négocia avec succès le rachat, par le roi, de Saint-Cloud à la famille d’Orléans. En récompense de ses bons offices, Breteuil fut chargé de l’administration du domaine qui fut son pied à terre  son pied-à-terre.
Après la chute de la monarchie de Juillet en 1848, le Pavillon fut affecté au ministère des Travaux publics. Sérieusement endommagé par des tirs d’obus lors du siège de Paris en 1870, il était en piteux état lorsqu’en 1875 il fut affecté par le gouvernement français au Comité international des poids et mesures pour y établir le Bureau international des poids et mesures, institué par la Convention du Mètre. Le bâtiment, restauré, fut fonctionnel en 1884. Depuis lors, son attribution n’a pas changé.

Pour en savoir plus …...http://www.techno-science.net

En prenant l’avenue Galois à Bourg-la-Reine en direction de L’Haÿ-les-Roses, on peut voir sur la gauche en arrivant au carrefour cette plaque indiquant la direction et les distances des communes voisines. Remarquez l’orthographe de Scaux.