Archive pour la catégorie ‘habitations’

Au 21 rue des Imbergères vous avez peut-être déjà remarqué une maison pleine de charme, avec un fronton Directoire ornée d’une fresque en stuc  choisie comme logo  de la Société d’Histoire locale  les Amis de Sceaux.  Cette maison avant 1790 ne comportait qu’un rez-de-chaussée et un 1er étage. Le 2ème étage n’a été construit qu’en 1816.

Il semble qu’elle ait toujours été louée, tout d’abord à la directrice d’une pension pour petites filles, puis ce fut le premier bureau de poste , qui déménagea ensuite  rue de Picpus et laissa   place à  une marchande de meubles ; en 1861 s’installa le commissariat remplacé  vers 1870, pour une courte durée par un confiseur. En effet après la guerre de 1870 le commissariat retrouve les locaux, avant son transfert dans le bâtiment de la nouvelle mairie.

Cette maison cessa alors  d’être occupée par des services publics et continua à être louée à des particuliers.

Depuis 1857, elle appartenait à la même famille. Aujourd’hui, devenue propriété de la Ville elle abrite des appartements mis en location comme logements sociaux.

A l’emplacement de la poste actuelle, se trouvait la propriété Maillard. Construite en 1750 pour Monsieur Chauvet,ancien secrétaire du Roi, puis habitée par Monsieur Capet, elle fut achetée en 1883 par Madame Maillard qui créa une maison de repos : “La Villa des Dames”.

villa des dames

Lorsque son fils psychiatre ouvre une clinique à Fontenay-aux-Roses, elle souhaite pouvoir l’aider et décide de vendre la propriété.

L’application de nombreux décrets et lois contraint la municipalité à prévoir de nouveaux services. La mairie est en quête de locaux, et cette propriété de 11 000 m2, proche de la mairie présente de nombreux avantages.

Le conseil municipal dans sa séance du 11 mars 1923 en vote l’acquisition. L’acte de vente sera signé le 29 décembre de la même année.

La première opération fut de libérer 1198 m2 réclamés par le département pour le redressement et l’alignement de la route départementale 28, c’est à dire la rue Houdan , dont la largeur est portée à 15 mètres, “facilitant ainsi la circulation constante liée à la proximité de Robinson,  où se rendent de nombreux véhicules de noces, des autocars de respectables dimensions.” Pour cela on a dû amputer la maison de l’une de ses tourelles et démolir un bâtiment le long de la rue.

Le coût financier était important : trois cent soixante mille neuf cent six francs quatre vingt centimes. L’aide du département est sollicitée et le Préfet accorde une aide exceptionnelle. Une somme de mille huit cents francs est payée comptant, le surplus reste dû.

plan 1907

La commune se réserve l’habitation, les communs et 3265 m2 de terrain. Elle décide la mise en vente sur 8657 m2 de 25 lots * ”sis à Sceaux lieu dit le village” , dont la surface varie de 469 m2 pour la plus grande, à 270 m2 pour la plus petite ,  la moyenne se situant autour de 330 m2. Le prix varie selon l’exposition et l’emplacement. Le produit de la vente est estimé à trois cent trente deux mille sept cent quatre vingt quatorze francs, qui viendra en déduction du prix d’acquisition.

Le plan est dressé par Monsieur Mascré géomètre.

Le maire Monsieur Bergeret de Frouville, en vue de cette opération rédige un cahier des charges qui précise les clauses et les conditions auxquelles seront soumis les acquéreurs. Ce texte servira par la suite, pour tous les lotissements construits sur la commune, notamment celui de l’Amiral réalisé peu de temps aprés.

Les lots sont libres de toute hypothèque. L’impôt foncier devra être payé au moment de la signature de l’acte de vente.

“Pour faciliter la division, Monsieur Bergeret de Frouville ouvre des voies de circulations qu’il a dénommées : Avenue Maillard, aboutissant à la rue des Agriculteurs et à la rue du Four”. Cette rue changera de nom en 1927 ; en partant du rond-point en demi lune face à la mairie, elle deviendra l’ avenue de la République et la place de la Mairie vers la rue du Four.

“Ces deux voies auront chacune une chaussée de cinq mètres, deux caniveaux d’une largeur de cinquante centimètres, deux bordures de trottoirs en terre battue, de chacune trois mètres de largeur bordure comprise. La viabilité sera faite par la mairie qui conservera la propriété du sol et en assurera l’entretien. Les acquéreurs devront paver les trottoirs avec jointement en ciment, à leurs frais, au droit de la façade de leurs lots. La commune fournira gratuitement les pavés aux personnes qui en feront la demande.”

“Chaque acquéreur devra tenir sa façade, son trottoir ainsi que le caniveau en bordure ,  en bon état d’entretien et de propreté. Ils devront aussi numéroter leur propriété sur la voie nouvelle suivant l’usage.”

” Tout acquéreur , dans les six mois, devra établir une clôture à perpétuité composée en grille de fer d’ un mètre cinquante de hauteur du modèle indiqué par l’administration, et qui devra être la même pour toutes les propriétés. Cette grille sera établie sur un bahut de 0,40 mètres  d’épaisseur et de 0,60 mètres de hauteur ;  elles ne seront obstruées, ni par des enseignes ou affiches, ni par des volets et seront tenues en bon état.”

Une zone non aedificandi de 4 mètres sera obligatoire pour toutes les propriétés en arrière de l’alignement et les terrains seront exclusivement des jardins d’agrément.

Les acquéreurs devront édifier des constructions sur les terrains vendus dans un délai de deux ans , sauf délais accordés par le municipalité quand les circonstances paraîtront justifiées.

1937-Archives départementales 92

Sont interdites toutes toitures en carton bitumé ou planche apparente, toutes constructions en planches,  à usage d’habitation. La hauteur ne peut dépasser 12 mètres, 14 mètres sur les lots en bordure de la rue Houdan et n’ayant accés que sur cette rue.

Le lotissement est destiné à être habité bourgeoisement ; sauf pour les lots en bordure de la rue Houdan, “il est interdit de créer des débits de vins, des bals publics et des exploitations : usines, manufactures ou industries de nature à nuire par le bruit, les émanations ou toute autre cause, aux terrains voisins. Aucun hôpital ou hospice, maison de refuge ou d’aliénés, clinique, maison de tolèrance ne pourront être établis par les acquéreurs.”

Ces impératifs peuvent expliquer que la mairie de Paris qui avait acheté la propriété Legendre pour ouvrir un hospice de vieillards, la rétrocède peu de temps aprés, sans trop de difficultés, lorsque le maire lui en fait la demande pour construire le Lycée Marie Curie.

Le lotissement connaît un grand succès, et les travaux menés avec diligence ; ainsi tous les lots mis en vente en mars sont vendus le 16 septembre et à cette date, seule la viabilité reste à effectuer.

La plupart des acheteurs sont déjà domiciliés à Sceaux. Quelques uns acquièrent  plusieurs lots permettant une construction et un jardin plus important. Aprés la guerre des parcelles seront revendues  et trois nouvelles maisons construites qui ne modifieront pas l’homogénéité du lotissement. La plus ancienne se situe à l’angle de l’avenue de la République et de la rue Houdan,  une autre a son portail qui ouvre sur la rue Constant Pilate, face au lycée Marie Curie et la dernière venue occupe l’angle de l’avenue Emile Morel et de l’avenue de la République.

Dans les années 1970, des immeubles apparaissent rue Gaston Lévy, rue Emile Morel, rue du Four. Ils donnent sur les jardins.

En dehors des arbres qui ont dû être remplacés, et une circulation “douce” mais plus importante, rien n’a changé. Les allées et venues des lycéens rythment et animent la rue durant la période scolaire.

*Le lot numéro 12 est traversé par la conduite du ru d’Aulnay

Archives municipales

Bulletin des Amis de Sceaux

C’est le 1er mars 1907 qu’Alphonse Cherrier fonde “la Ruche Mutualiste“, société d’épargne en participation, dans la perspective d’un achat en commun d’un terrain qui sera ensuite loti, puis attribué par tirage au sort aux familles.

Les statuts fixent le nombre d’adhérents à soixante neuf. Chaque membre verse mensuellement dix francs, le premier samedi de chaque mois. Une tontine supplée sous forme d’un prêt sans intérêt, pour aider une personne malade empêchée d’effectuer son versement.

Alphonse Cherrier était établi comme tonnelier à Paris, ce qui peut expliquer que tous les sociétaires soient parisiens : valets de chambre, cuisinières, employés, commerçants, cochers….on trouve aussi un garde républicain, un architecte, et un rentier.

En 1913, il était possible d’acquérir à Sceaux un terrain de 37 000m2 pour un prix de 110 000francs. Il est situé dans une partie marécageuse en bas de la propriété du Château des Imbergères.

“En dépit de la guerre de 14-18, cette somme a été intégralement payée à Monsieur Bigot qui en était alors propriétaire”.

En attendant de pouvoir construire, on défriche, on crée des jardins : des concours sont organisés et des récompenses attribuées.

Notre Ruche est encore petite disait Monsieur Cherrier à ses amis, c’est un nid en construction…..

“Si nos enfants doivent à leur tour, comme nous, travailler à Paris, nous ne serons pas loin, et nous ne serons pas seuls. Nous tous qui avons été groupés dans notre jeunesse, nous nous soutiendrons dans notre veillesse. Quand sera venu pour nous le temps du repos, nous nous rappellerons que nous avons travaillé, peiné ensemble, et que nous en sommes récompensés.”

Dés 1924, le lotissement définitif est achevé . Chaque sociétaire devient titulaire d’ une part de terrain de 400 m2 qui devient sa propriété. Des maisons se construisent un peu toutes sur le même plan,  et de nouvelles rues s’ouvrent. On fait venir l’eau, le gaz et l’ électricité

“ A nos frais nous avions capté plusieurs sources et avions installé une jolie fontaine qui embellissait notre place” :  la place de la Mutualité .

Elle se  situait à l’intersection de  la  rue Jean Michaut et de l’avenue Alphonse  Cherrier. Elle a disparu lors du percement de l’avenue Cauchy..

Des parcelles de terrain ont du être effectivement rétrocédées “pour un prix dérisoire” au département pour le percement de la route départementale et l’agrandissement du Lycée Marie Curie. La démolition du château des Imbergères , la construction de l’IUT en 1970 ont achevé de modifier ce quartier. Le lavoir a disparu en 1939.

Peu de maisons construites en 1924 subsistent : elles étaient modestes, avec de petites pièces , sans chauffage central ; elles ont donc été peu à peu modifiées ou même démolies et reconstruites lors du changement de propriétaire.

Alphonse Cherrier est décédé en 1934. Une rue perpétue son souvenir.

Le 16 décembre 1951 “La Ruche Mutualiste” est dissoute.

“Notre rêve le plus cher, puisque  La Ruche Mutualiste n’a plus que quelques minutes d’existence, c’est que continue à briller au dessus de notre lotissement et avec le plus vif éclat, le soleil de l’amitié qui réconforte et donne confiance.”

Le 13 décembre 1951, Terre et Famille société coopérative d’épargne et de prévoyance et d H.L.M, se porte acquéreur d’un terrain de 9200m2 auprès de Madame de Jouvencel, seule héritière de Monsieur Bigot décédé en 1946. Il est toute proche de La Ruche puisque situé dans la pente au sud de la cité scolaire Marie Curie sur le côté ouest de l’avenue Alphonse  Cherrier prés de la rue Jean Michaut.

Terre et Famille construit 18 logements qui seront attribués “en location attribution” à des enseignants des Lycéees Marie Curie et Lakanal qui, ayant des difficultés à se loger avaient pris l’initiative de se regrouper et obtenu l’appui et l’aide du maire Edouard Depreux et du conseil municipal.

Terre et Famille agit comme promoteur pour l’ensemble des maisons ,  emprunte l’argent nécessaire à la réalisation du projet ce qui permet une entrée dans les lieux plus rapide.

Le 17 octobre 1953 est inaugurée la cité Henri Sellier .

Henri Sellier fut administrateur et président de l’Office d’H.B.M du département de la Seine,  et œuvra pendant 40 ans à la réalisation de logements sociaux tels que la  Cité-jardin du Plessis-Robinson,  et celle  de Châtenay Malabry.