A la fin du XI ème siècle, Sceaux est un écart du village de Châtenay plus ancien et plus important. Il dépendait de la puissante abbaye de Saint- Germain, fondée au IVème siècle. Le hameau restera longtemps très modeste : quelques maisons , des cabanes de vignerons ou “cellae”quelques étables et des “courtils”. Ce sont ces “cellae” qui donneront son nom au village : Ceaux, orthographe la plus fréquente au Moyen Âge, elle variera ensuite au gré des secrétaires et des greffiers pour enfin devenir Sceaux que nous connaissons.

Pour la première fois en 1203, une charte juridique d’Eudes de Sully indique l’existence d’une paroisse à Sceaux. C’est une “paroisse nouvelle ” au sens où nous parlons aujourd’hui d’une “ville nouvelle”,  issue de paroisses plus anciennes comme Châtenay ou Bagneux. Elle va structurer la communauté sur le plan religieux, économique, ou social. La paroisse vivra jusqu’à la Révolution qui la remplacera au plan administratif par la commune.

Le bâtiment le plus beau et le plus solide du village est l’église, achevée en 1214, qui occupait sensiblement le même emplacement qu’aujourd’hui plus courte d’une travée à l’ouest , et flanquée au nord d’un clocher “hors- œuvre”.Le saint patron c’est saint Jean-Baptiste, bien que restât longtemps et tenace une dévotion à saint Mammès.

A proximité de l’église , le cimetière. Les paroissiens associent les vivants et les morts mêlant ainsi profane et sacré ; on peut signer un contrat de vente dans l’église, annoncer des nouvelles, tenir un petit marché dans le cimetière. Au Moyen Âge seuls les curés et les vicaires sont enterrés dans l’église, plus tardivement les nobles et les notables. Le cimetière qui entourait l’église fut déplacé au XVIIè siècle  par Colbert, entre la rue des Écoles et la rue des Imbergères. Dans le même temps,  pour agrandir le parc du château, il racheta une bonne partie des fermes de Sceaux-le-Petit en particulier, ce qui est aujourd’hui la rue Franklin Roosevelt. Le parc jouxta dès lors l’église, ce qui explique qu’aujourd’hui l’église paraît excentrée. Le cimetière actuel se met en place en 1807 seulement.

A Sceaux la culture dominante est celle des céréales “les bleds” toutes panifiables. Il y avait à Sceaux plusieurs moulins ; moulins à vent sur les hauteurs, moulins à eau au bord du ru de la Fontaine du Moulin qui délimite les territoires de Sceaux et de Fontenay. Les plus importants sont au Pleizig, aujourd’hui les Blagis,  où se trouvait un monastère disparu au XVème siècle. Sur le plan de Cicille un moulin figure près de l’église à Sceaux . Il fut détruit au temps de la duchesse du Maine. Les cultures céréalières ont  une double importance : les bouillies et le pain sont la base de la  nourriture quotidienne. Le village dispose de four et de pressoir banal.

La vigne est cultivée , mais n’a pas de crus particulièrement renommés comme à Bagneux ou à Suresnes. Il y avait encore 54 vignerons au XVIIème siècle. On peut penser qu’apparaissent aussi les paysans vendeurs de légumes, de poires, de cerises qui vont proposer à Paris leurs produits frais. Comme à Châtenay, passe “le regrattier” qui sert d’intermédiaire et est en même temps le fournisseur de sel, denrée coûteuse et indispensable. Les animaux sont surtout utilisés pour leur force, plus rarement pour leur viande.

Les paysans de Sceaux ne sont pas pour l’essentiel propriétaires de leurs terres. Ils sont locataires de leurs seigneurs qui concèdent un bail “à croix de cens et rentes” moyennant le paiement de redevances en nature ou progressivement en monnaie.

La société du village est communautaire , cela est nécessaire à la vie quotidienne : usage des communaux qui servent de pâturages, utilisation collective des banalités. Mais tous les villageois ne sont pas “logés à la même enseigne” ; il se dégage progressivement du XIIIème  au XVème siècle une élite paysanne active. Les actes notariés désignent des laboureurs , c’est à dire des propriétaires d’une charrue à soc métallique. Progressivement ils rassemblent des parcelles de terre, des vignes aux clos Saint- Marcel . On retrouve leurs noms parmi les  marguilliers de la paroisse. Ce sont des notables, plus riches ou plus anciens : Guillaume de Housseau, Jean Pietrequin, la famille Boutemotte dont on suit l’ascension.

Le village a connu des heures très dures : de la Peste Noire à partir de 1347 qui tua 30°/° de la population européenne, à l’interminable guérilla que fut la guerre de Cent Ans  (1337-1453). Les brigandages des Écorcheurs ravagent la région parisienne ; le 19 septembre 1440 , les habitants de Sceaux furent enfermés dans l’église pendant que les brigands saccageaient les récoltes. Les paysans apeurés s’enfuirent vers Paris. La terre resta en friche,”la forêt  revint avec les Anglais”. Lentement la vie reprit dans la deuxième moitié du XVème siècle. La population revient et augmente , Sceaux comptait environ 150 habitants en 1459, 250 en 1470. Le village ressuscite.

Il n’y eut pas à Sceaux de Seigneur féodal. Au début du XVème siècle Pierre Baillet se dit toutefois Seigneur de Sceaux. Lui et ses descendants sont des bourgeois enrichis par le commerce,et s’anoblissent en achetant des charges financières ou militaires en même temps qu’ils mènent une habile politique matrimoniale. Au XVIème siècle Antoine Potier et son frère achèvent d’établir la Châtellenie puis la Baronnie de Sceaux en lui donnant un pouvoir économique.

Le 11 avril 1670 Colbert acheta la Baronnie de Sceaux pour le prix de , cent trente cinq mille livres avec le château,  un parc de 119 arpents, 43 perches

Extrait de l’article d’Anne- Marie VALLOT, “Aux origines de Sceaux“–Bulletin des Amis de Sceaux N°20

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